Tout un oiseau

Création 2012 de Richard Morgiève - Editions Pauvert



Mise en scène Frédéric Valet

Le personnage «Zacharie» mi homme ou femme mi oiseau nous plonge dans son univers charnel onirique en nous questionnant. Ses questions : existence, différences, jouissance. Zacharie évolue sur la scène coiffé d’un chapeau de plumes, de lunettes noires, d’un bustier pailleté et d’une grande queue en plumes. Il tient une guinguette appelée «chez ZOB», ses initiales Zacharie Obel-Bréchet. Derrière lui une rôtisserie où tournent des poulets grillés. Zacharie harangue les clients absents, interrogent les poules présentes (le public). ZOB… peut-être que tout est parti de là…

La scénographie portera sur l’univers de la guinguette, avec ses lampions, ses fanions colorés, ses ampoules vertes, rouges et bleues. Une caravane comme un castelet de marionnettes. Et les animaux empaillés… comme des objets marionnettiques. Et Zacharie qui évolue dans cet univers… N’oublions que Zacharie rayonne aux côtés de trophées et de poulets passés dans les mains du taxidermiste.


L'auteur

Richard Morgiève est né en France, en 1950. Pendant la Seconde Guerre mondiale, son père, d’origine polonaise, fait fortune grâce au marché noir. Tour à tour beurre-œufs-fromages, épicier, chef d’entreprise et patron de restaurant, il embarque sa famille et ses fidèles compagnons de route dans une odyssée frénétique et chaotique qui ne trouve véritablement son point de chute qu’à la mort de sa femme, en 1957. Inconsolable, son père se suicide six ans plus tard. Richard Morgiève a treize ans.

Livré à lui-même, il exerce des petits boulots (déménageur, chauffeur de poids lourds) avant de découvrir l’écriture. Il attend une dizaine d’années pour publier en 1987 son premier roman chez Ramsay, Des femmes et des boulons.

Suivront Un petit homme de dos, Andrée, Fausto et Cueille le jour, romans de facture autobiographique parus chez Ramsay et Robert Laffont. Puis, en 1995, Richard Morgiève publie chez Calmann-Lévy Sex vox dominam, le récit d’une déchéance, d’une solitude éprouvée dans les tréfonds de la chair. Marqué par sa rupture avec sa femme, il explore la souffrance humaine, physique, sexuelle, cette douleur dont il avoue dans Un petit homme de dos, comme s’il ne pouvait s’en départir, en avoir longtemps fait son «idole». Puis il plonge dans une écriture hallucinatoire avec Full of love et Vertig qui lui vaudra le prix Wepler-Fondation La Poste en 2005. Parallèlement à son activité de romancier, Richard Morgiève a écrit des pièces de théâtre et des scénarii pour le cinéma et la télévision. En septembre 2007, Richard Morgiève publie Miracles et légendes de mon pays en guerre, où l’on suit le parcours d’un homme qui comme le héros d’Un petit homme de dos refuse d’être une victime de la guerre.


Les choix de mise en scène et les voies possibles à suivre

- L’univers de Copi, dramaturge argentin, figure majeure du mouvement gay.

- Le travail coloré de Pedro Almodovar.

- L’esthétique de Panamarenko.

- Les sculptures plumées de Rebecca Horn.

- Les couleurs primaires de Niki de Saint-Phalle.

- Les masques d’oiseaux vénitiens.


Extraits du texte

ZACHARIE

J’ai raté le concours d’entrée à l’ESO, l’Ecole Supérieure d’Ornithologie. Tout a commencé par une épreuve écrite, une dissertation : l’œuf ou la poule. Dans un texte de 64 pages, j’ai évidemment développé le truisme : la poule pondant l’œuf, la poule précède l’œuf. J’ai conclu par une transformation audacieuse et poétique d’un adage populaire bien connu : Qui vole un bœuf, poulet ou œuf, ne vole qu’un bœuf, poulet ou œuf. Ensuite, nous avons eu la première épreuve technique : la construction d’une volière. J’ai opté pour une construction démontable en barbelés électrifiés, sans oublier le panneau « danger » conçu et réfléchi pour être compris même par un pigeon, bien que par définition les pigeons adorent se faire entôler. La deuxième épreuve technique était culinaire ; accommoder un poulet label Bresse. Il fallait d’abord s’en saisir, le capturer. J’aurais pu choisir de l’endormir en lui chantonnant une berceuse, mais j’ai préféré l’hypnotiser avec un pendule… Puis je l’ai plongé dans une bassine d’eau bouillante. Là, j’avoue avoir commis une erreur : à la différence du homard thermidor, on ne plonge pas le poulet label Bresse dans de l’eau bouillante. Plus humainement, on le décapite ; ce que je l’ai fait, mais il était mort. Et il est vrai que la justice ne s’en prend qu’aux vivants, ne mutile qu’eux… (un temps)… Bref, je l’ai farci avec des plumes confites. Les abats, je les ai pochés et servis avec une macédoine de crêtes de coqs à la menthe… (un temps)… J’ai eu une note éliminatoire. Sur le coup, cela m’a brisé, brisé… C’était une erreur ! La vie, même la mienne, peut-être intéressante, j’en suis convaincu.


Equipe artistique :

Mise en scène : Frédéric Valet

Avec Philip : Ségura

Scénographie : Luc Martinez

Création son : Alain Michon

Technicien lumière : Maximilien Leroy

Production/diffusion : Joëlle Pavillon-Barré