Occident

Création 2011 de Remi De Vos - Actes Sud-Papiers




Mise en scène Frédéric Valet


L'auteur

Rémi De Vos est un dramaturge français né en 1963 à Dunkerque. Après avoir été comédien, il s'engage dans la voie de l'écriture dramatique en 1994 et obtient une bourse Beaumarchais. Avec sa première pièce, Débrayage. Depuis 1995, il a écrit une dizaine de pièces de théâtre En1997, André le Magnifique, pièce coécrite avec les acteurs, obtient plusieurs Molières: meilleur auteur, meilleur spectacle de création, meilleure pièce comique …

Il est également lecteur pour différents comités et anime régulièrement des ateliers d'écritures et de jeu.

De 1996 à 2006, il écrit dix pièces toutes publiées et jouées dont : Conviction intime en 1999, Qu'est-ce que vous faites ? en 2002, Code Bar en 2003, Justin prend du spectrum en 2006.

En 2007, sort Ma petite jeune fille et sa pièce Occident est jouée en 2008, dans une mise en scène de François Bergoin.


Le texte

Deux personnages, ELLE et LUI. Ils se retrouvent tous les soirs, « Elle » l’attend, « Lui » arrive passablement alcoolisé. Il rentre du Palace ou du Flandres (bar facho), il y traîne avec son copain Mohamed. Elle lui propose de raconter sa soirée, ce qui provoque à chaque fois une engueulade démesurée où les insultes fusent. Elle et Lui sont des intellos à la dérive, des gens d’aujourd’hui.

On apprend que le Palace est envahi par les Yougoslaves, et que le bar des Flandres est n’accessible à Mohamed que les jours de match…

Il s'agit entre eux d’une histoire d’amour qui n’est plus. Ils ont besoin d’un jeu extrême, d’insultes, pour retrouver cet amour perdu ; une sorte de cercle infernal sans respiration et sans issue possible. Les deux personnages s’insultent, mais parfois l’insulte sonne comme des mots d’amour. C’est un rituel dans lequel aucun des personnages ne cède à l’autre.

Elle et Lui jouent constamment sur le fil du rasoir sans jamais rien céder à l’autre. Elle le pousse dans ses retranchements pour lui arracher un «je t’aime».

«Occident» est une comédie horriblement drôle, avec des dialogues au vitriol, une dissection au scalpel d’un couple en décomposition.

Rémi De Vos (Molière du meilleur auteur 2008) a l’art du dialogue, une écriture d’une précision implacable où le rire surgit constamment. Occident dérange, nous réveille, tout en dénonçant la montée du racisme et du nationalisme, un sujet alarmant dans notre société occidentale.


Mise en scène et scenographie

C’est la simplicité qui peut faire sonner, faire vivre le texte de Remi De Vos.

L’écriture de Rémi De Vos est forte et d’une précision implacable. Et comme il le souligne: «Dans mon travail d’écriture, il est question toujours de la lutte de la conscience sociale contre les pulsions asociales et inversement. Le rire est une solution possible. »

Je pense que nous sommes à la fois dans un univers à la Ionesco (l’enfermement, l’étouffement) et dans la mécanique diabolique d’une pièce de Feydeau. On retrouve aussi l’univers de l’œuvre cinématographique de Marco Ferreri (La grande bouffe).



Note d’intention pour la création d’une scénographie

Enjeux

Le texte de Rémi de Vos instaure, de manière très directe et frontale, un dialogue entre les deux écorchés d’un couple « à l’occidentale »… La déception de chacun, Lui, Elle, leurs impasses, leurs extrémismes, leurs jeux et leur désir, en crise, violemment, abruptement.

Ce qui nous brise et ce qui nous lie.

Dans cet univers chaotique, le décor, le cadre n’existent que pour imploser, exploser, fuir, être balancés à la figure de l’autre aussi, pourquoi pas ?

Une sorte d’instabilité nue.


Objets

Un objet, monolithe, qui évoquerait, ou plutôt convoquerait même la chair des comédiens pour se livrer à leur rituel. Dans une instabilité et une mobilité chroniques.

Presque rien.

Elle et lui détruisent et reconstruisent presque sans répit leur forteresse, ainsi le monolithe se scinde en deux, voire trois, et laisse apparaître des éléments de mobilier, des fragments de lumière, des objets cassés mais toujours utilisables, perpétuellement. S’y asseoir, s’y cacher, se protéger avec ou le projeter…sont rendus possibles.

L’aspect charnel, libidinal de cet objet-s, pourra être perçu en tant que lié à la peau, au vêtement qu’on enfile sur la peau, quelque chose qui habille, comprime, imprime et laisse agir le jeu et l’espace de jeu des deux comédiens. Le choix d’une couleur ou plusieurs, peut amener l’objet-s à servir de support de jeu de surface pour composer une géométrie en mouvement sur scène.


Contraintes techniques

- Le monolithe de départ est compris dans un volume de moins d’1 m3.

- Les parties qui le composent sont susceptibles d’accueillir un système d’enceintes à batterie ou piles, ainsi qu’éventuellement un système lumineux.

- Les parties comme le tout sont modulables, transportables et soulevables par les comédiens, on peut les faire glisser ou rouler, voire les jeter.

Luc Martinez, le 25 novembre 2010


- Le texte comporte huit tableaux. Les comédiens changeront à vue le décor en fonction de la situation. Parfois deux espaces où l'un et l'autre ne se rencontreront pas, parfois l'espace se fera intime.

Croquis préparatoires





Prototype final

Costumes

Les deux personnages viennent de la bourgeoisie, ils sont un peu "intellos": lui a écrit... Ils sont l’affrontement métaphorique de l’extérieur: l’Occident. («Occident», c’est aussi un mouvement politique français d'extrême droite créé en 1964 et interdit en 1968). Il serait dommage de les imaginer comme les "Deschiens".

« Lui » a été, et n'est plus. Son costume doit donner une image négative de lui-même : quand il dit : « je te tue », on entend « je me tue ». (Dernière phrase du spectacle qui nous renvoie à la première scène, cercle infernal de ce couple en dérive) « Lui » alcoolique et raciste se laisse entraîner dans un courant d’extrême droite (Occident ?) disant de lui-même qu’il est impuissant du cerveau. On pourrait croire que le personnage de « Elle » est dominé par « Lui » mais bien au contraire c’est « Elle » qui tient les rênes.


Extraits du texte

Scène 1, Page 46 et 47


Merde ! Je te dis merde ! Va te faire…
Temps.
J’étais au Palace.
Ah bon ? Tétais pas à l’opéra ?
Non Qu’est-ce que j’irais foutre à l’opéra ?
Rien ! T’étais au Palace.
Avec Mohamed.
Eh ben ça devait être beau !
Y avait une bande de Yougoslaves.
Des Yougoslaves ?
Ouais des Yougoslaves.
Où ça ?
Au Palace.
Ils laissent rentrer les Yougoslaves au Palace ?
Faut croire que oui.
Temps.
Bon et alors qu’est-ce qui s’est passé ?
C’était plein de Yougoslaves.
Qu’est-ce qui s’est passé ? Mohamed ils l’ont traité d’Arabe.
Il est pas arabe peut-être ?
Ils aiment pas les Arabes là-bas.
Qu’est-ce que tu racontes ? Mohamed il y va toujours au Palace.
En Yougoslavie ! Ils aiment pas les Arabes en You-go-sla-vie !
Toi tu les aimes les Arabes peut-être ?
Non mais moi je suis pas yougoslave.

T’es pas yougoslave ?
Non
Je le sais bien que t’es pas yougoslave !
Alor si tu le sais pourquoi tu demandes ?
C’est toi qui me dis que t’es pas yougoslave !
Mohamed il est pas non plus yougoslave.
Tu l’aimes bien Mohamed ?
C’est mon pote Mohamed.
Il est arabe pourtant.
Et alors ?
T’es pas yougoslave mais t’aimes pas non plus les Arabes !
Et toi t’es yougoslave ? Tu tapines en Yougoslavie ?
Va chier.
Salope.
Bon qu’est-ce qui s’est passé alors ?
Tu me laisses parler ?
Qu’es-ce qui s’est passé ?
Les Yougoslaves l’ont traité d’Arabe.
Et alors ?
Mohamed supporte pas les Yougoslaves.
Personne n’aime personne alors ?
Mais putain tu me laisses parler espèce de sale pute !
Mais putain tu vas la cracher ta Valda espèce d’enculé !
Temps.
Mohamed n’aime pas les Yougoslaves.
Oui.

Equipe artistique et partenaires :

Mise en scène : Frédéric Valet

Avec : Magali Bénevent, Philip Segura

Scénographie : Luc Martinez

Costumes : Pascale Marque

Technicien lumière : Maximilien Leroy

Avec la complicité de Kat Langlade, chorégraphe

Production/diffusion : Joëlle Pavillon-Barré

Partenaires de la Création

Coproduction Théâtres en dracénie, scène conventionnée danse et enfance à Draguignan.

Avec le soutien du Conseil Général du Var, de la ville de Lorgues et du collège de Figanières.

La compagnie Hors Champ est en résidence à l’Entre-Pont à Nice du 16 au 20 janvier 2012.